imagi LEO nation
Page d'accueilPlan du siteAjouter aux FavorisImprimerEnvoyer à un ami
Ce site est sécurisé
 

DU NOUVEAU

TOUS LES TEXTES DE CE SITE PEUVENT ÊTRE EN ''LECTURE HAUTE VOIX''

Si vous utilisez le navigateur MICROSOFT EDGE ou MICROSOFT EDGE BETA

et que vous possédez

WINDOWS 7 ou 10 dernière édition 

Identifiez le premier mot sur un texte et mettez-le en surbrillance avec votre souri. 

Ensuite cliquez sur ce mot en utilisant le côté droit de la souri

et un menu vous proposera de cliquer sur ''LECTURE HAUTE VOIX''.

Pour revenir à la normale, cliquez sur ''ESC ou ECH'' du clavier. 

IDÉAL POUR UNE LECTURE DE LONG TEXTE

Covid : la liste de nos ennemis

Paris Match | Publié le 29/11/2020

Par Emilie Lanez

Masqués, reclus à domicile et contraints au télétravail, nous continuons de manipuler des objets, de poser nos doigts sur des surfaces que d’autres personnes, possiblement contagieuses, ont effleurées. Cette voie de contamination fait l’objet d’études depuis février dernier, lorsque le paquebot de croisière « Diamond Princess » fut évacué de ses 3 700 passagers. Parmi eux, 697 attrapèrent le Covid-19. On découvrit alors que du Sars-CoV-2 avait survécu jusqu’à dix-sept jours en certains endroits. D’autres laboratoires, ayant affiné cette trouvaille inquiétante, ont établi que ce coronavirus fait montre d’une exceptionnelle capacité à se maintenir dans l’environnement, bien plus longue que celle des virus grippaux.

Dans une étude publiée par le « Virology Journal », l’organisation nationale australienne de recherche scientifique calcule ainsi qu’il persiste vingt-huit jours sur de l’Inox, du verre, du papier et du plastique à température environnante de 20 oC. Si celle-ci grimpe à 30 oC, il résiste sept jours et, lorsque le thermomètre atteint les 40 oC, il disparaît après quarante-huit heures. « Ces expériences ne reflètent pas notre vie quotidienne », relativise la professeure Astrid Vabret, spécialiste des coronavirus depuis vingt ans. La réalité est en effet plus complexe, car ce maintien dépend de l’humidité, de l’air circulant ou pas et de la lumière, dont le Covid supporte mal les UV. S’il peut subsister quatre semaines sur une feuille posée sur une paillasse de laboratoire, il n’arrivera pas à tenir aussi longtemps si celle-ci est posée devant une fenêtre régulièrement ouverte. Hors de nos corps, il se dégrade car il n’est pas une entité biologique vivante ; il a besoin d’une cellule, dont il utilise l’énergie pour fabriquer ses constituants. « La présence de ces morceaux d’ARN sur des surfaces n’implique pas forcément que le virus puisse encore infecter quelqu’un », modère Alexandra Peters, chercheuse aux hôpitaux universitaires de Genève et responsable du programme de recherche « Clean Hospitals ». « Quand on essaie de réinfecter une cellule avec ces morceaux prélevés, cela ne marche pas bien. » La spécialiste suisse estime ainsi qu’il est parfaitement inutile de désinfecter une salle de classe dont les enfants auraient été absents trois jours : les morceaux de virus n’y sont plus contagieux.

Là où tout se complique, c’est que le virus n’arrive pas tout seul sur une surface. Il y est projeté par un crachat, du mucus, des gouttes de salive. « Entouré de ces protéines, il est protégé et demeure capable d’infecter », précise encore Astrid Vabret, chef de service au CHU de Caen. Autrement dit, si une personne contagieuse, non masquée, s’essuie le nez puis touche un paquet de biscuits dans un rayon de supermarché, paquet que vous attrapez une minute après, vos mains emportent du virus actif. Or, présent sur les mains, celui-ci s’étale sur tout le corps en moins d’une heure. « Nous nous touchons le visage plusieurs fois par heure. C’est ainsi que nous l’apportons jusqu’aux muqueuses nasales et buccales, depuis lesquelles il trouve des cellules pour se reproduire », poursuit Astrid Vabret. Qui observe que, bien qu’emportés dans une terrifiante vague épidémique, nous manipulons avec désinvolture certains objets hautement contaminants. Le plus dangereux, à l’en croire, ne serait donc pas de faire ses courses, de tâter des poires au marché, de prendre le train ou de monter dans un ascenseur, activités durant lesquelles on pense à l’hygiène des mains, mais de se servir de notre téléphone portable. Sans cesse manipulé, il touche notre visage, frôle notre bouche, flirte avec notre nez. « En termes d’intimité, il équivaut à une brosse à dents », claque la virologue. Celle-ci recommande donc de le considérer comme tel, de ne pas le passer à d’autres et, surtout, de le désinfecter régulièrement. Elle-même frotte le sien à l’alcool tous les jours et recommande ce même scrupule avec son clavier d’ordinateur.

Autres transporteurs : les couverts de table. Interdit de passer une fourchette ou une cuillère à son voisin, à son enfant ou à son amoureux ; et si quelqu’un sert à partir d’un plat commun, ce doit être la même personne pendant tout le repas. Cette règle s’applique pour les verres. La bouteille, en revanche, présente moins de risques, car elle n’est pas directement portée à la bouche. Les paquets de cigarettes et les briquets peuvent être sources de contamination. « Ce sont des objets qu’on partage volontiers, ce que je recommande d’éviter, et il est sans doute pertinent de les désinfecter souvent. » Enfin, la spécialiste rappelle combien il importe « de laver régulièrement les surfaces puis de les désinfecter. Le lavage est important, il prépare la désinfection, il faut y penser dans la vie courante pour les mains : savonnage régulier et application de solution hydroalcoolique. » « La question n’est pas tant la fréquence de ces gestes que le choix judicieux du moment où on les pratique, détaille en écho Alexandra Peters. Il faut laver ses mains quand on entre dans un lieu public et qu’on le quitte, avant de se toucher le visage, quand on met ou enlève son masque, quand on sort de chez soi puis quand on y revient, et en particulier avant de manger. » Si chacun appliquait cette vigilance, les surfaces ne pourraient être contaminées.

« Ce n’est qu’en changeant nos habitudes quotidiennes que nous serons capables de courir ce marathon », conclut Astrid Vabret. Un marathon, et non un sprint de quelques mois hivernaux. Ce coronavirus est en effet le septième de sa famille à pénétrer dans la population humaine, et le cinquième à le faire de façon aussi efficace. Le plus ancien, le NL63, aurait émergé vers le XIIIe siècle. Dévastateur à ses débuts, il mit quelques années avant de s’affaiblir sans jamais disparaître. Aujourd’hui, il est un des nombreux agents de nos rhumes. D’ici à ce que son nouveau cousin, le Sars-CoV-2, ne provoque que des nez qui coulent, il va falloir s’habituer à ces règles d’hygiène. Et se méfier de son portable.

 

Irish Times, 25 avril 2020

Par Fintan O’Toole (traduction)

 

LE MONDE A AIMÉ, HAI ET ENVIÉ LES ÉTATS-UNIS MAINTENANT, POUR LA PREMIÈRE FOIS, NOUS EN AVONS PITIÉ.

 

Pendant plus de deux siècles, les États-Unis ont suscité un très large éventail de sentiments dans le reste du monde: amour et haine, peur et espoir, envie et mépris, crainte et colère. Mais il y a une émotion qui n'a jamais été dirigée vers les États-Unis jusqu'à présent: la pitié.

Quelles que soient les mauvaises choses pour la plupart des autres démocraties riches, il est difficile de ne pas avoir pitié des Américains. La plupart d'entre eux n'ont pas voté pour Donald Trump en 2016. Pourtant, ils sont enfermés avec un narcissique malin qui, au lieu de protéger son peuple de Covid-19, a amplifié sa létalité. Le pays que Trump a promis de faire à nouveau n'a jamais paru aussi pitoyable dans son histoire.

Le prestige américain se remettra-t-il jamais de cet épisode honteux? Les États-Unis sont entrés dans la crise des coronavirus avec d'immenses avantages: de précieuses semaines d'avertissement sur ce qui allait arriver, la meilleure concentration mondiale d'expertise médicale et scientifique, des ressources financières effectivement illimitées, un complexe militaire avec une capacité logistique époustouflante et la plupart des principales sociétés technologiques mondiales. Elle a pourtant réussi à se faire l'épicentre mondial de la pandémie.

Comme l'écrit l'écrivain américain George Packer dans l'édition actuelle de l'Atlantic, les États-Unis ont réagi ... comme le Pakistan ou la Biélorussie - comme un pays aux infrastructures de mauvaise qualité et un gouvernement dysfonctionnel dont les dirigeants étaient trop corrompus ou stupides pour échapper à la massive souffrance qui attendait à leur porte.

C'est une chose d'être impuissant face à une catastrophe naturelle, une autre de voir un vaste pouvoir être gaspillé en temps réel - volontairement, avec malveillance, vindicatif. C'est une chose que les gouvernements échouent (comme, à un degré ou à un autre, la plupart des gouvernements l'ont fait), une autre chose que de regarder un dirigeant et ses partisans propager activement un virus mortel. Trump, son parti et Fox News de Rupert Murdoch sont devenus des vecteurs de la peste.

Le spectacle grotesque du président incitant ouvertement des gens (dont certains armés) à descendre dans la rue pour s'opposer aux restrictions qui sauvent des vies est la manifestation d'un souhait de mort politique. Ce qui est censé être des briefings quotidiens sur la crise, démontrant l'unité nationale face à un défi commun, n'a été utilisé par Trump que pour semer la confusion et la division. Ils fournissent un spectacle d'horreur récurrent dans lequel toutes les névroses qui hantent le subconscient américain dansent nues à la télévision en direct.

Si la peste est un test, son lien politique au pouvoir a assuré que les États-Unis échoueraient à un coût terrible en vies humaines. Dans le processus, l'idée des États-Unis en tant que nation leader du monde - une idée qui a façonné le siècle dernier - s'est presque évaporée.

Autre que l'imitateur de Trump Jair Bolsonaro au Brésil, qui se tourne maintenant vers les États-Unis comme exemple de quoi à ne pas faire? Combien de personnes à Düsseldorf ou à Dublin souhaitent vivre à Detroit ou à Dallas?

Il est difficile de s'en souvenir maintenant, mais même en 2017, lorsque Trump a pris ses fonctions, la sagesse conventionnelle aux États-Unis était que le Parti républicain et le cadre plus large des institutions politiques américaines l'empêcheraient de faire trop de dégâts. Cela a toujours été une illusion, mais la pandémie l'a dénoncée de la manière la plus sauvage.

Abandon abject.

Ce que l'on appelait le conservatisme traditionnel n'a pas absorbé Trump - il l'a absorbé. Presque toute la moitié de droite de la politique américaine s'est abandonnée à lui. Il a sacrifié sur l'autel de la bêtise gratuite les idées les plus élémentaires de responsabilité, de soins et même de sécurité.

Ainsi, même à la toute fin du mois de mars, 15 gouverneurs républicains n'avaient pas ordonné aux gens de rester chez eux ou de fermer des entreprises non essentielles. En Alabama, par exemple, ce n'est que le 3 avril que le gouverneur Kay Ivey a finalement rendu un ordre de séjour à domicile.

En Floride, l'État avec la plus forte concentration de personnes âgées souffrant de maladies sous-jacentes, le gouverneur Ron DeSantis, un mini-moi de Trump, a gardé les stations balnéaires ouvertes aux étudiants venant de partout aux États-Unis pour les fêtes de fin de semaine. Même le 1er avril, lorsqu'il a émis des restrictions, DeSantis a exempté les services religieux et les « activités récréatives ».

Le gouverneur de Géorgie, Brian Kemp, lorsqu'il a finalement rendu une ordonnance de séjour à la maison le 1er avril, a expliqué: "Nous ne savions pas que [le virus peut être propagé par des personnes sans symptômes] jusqu'aux dernières 24 heures."

Ce n'est pas une simple ignorance - c'est une stupidité délibérée et homicide. Il y a, comme les manifestations de cette semaine dans les villes américaines l'ont montré, beaucoup de poids politique pour nier la réalité de la pandémie. Il est alimenté par Fox News et des sites Internet d'extrême droite, et il récolte pour ces politiciens des millions de dollars de dons, principalement (dans une ironie hideuse) de personnes âgées qui sont les plus vulnérables au coronavirus.

Il s'appuie sur une concoction de théories du complot, de la haine de la science, de la paranoïa sur « l’état profond » et du providentialisme religieux (Dieu protégera les bonnes personnes) qui est maintenant très profondément imprégné de la mentalité de la droite américaine.

Trump incarne et édicte cet état d'esprit, mais il ne l'a pas inventé. La réponse américaine à la crise des coronavirus a été paralysée par une contradiction que les républicains ont insérée au cœur de la démocratie américaine.

D'une part, ils veulent contrôler tous les leviers du pouvoir gouvernemental. De l'autre, ils ont créé une base populaire en jouant sur l'idée que le gouvernement est intrinsèquement mauvais et qu'il ne faut pas lui faire confiance.

La contradiction s’est manifestée dans deux des déclarations de Trump sur la pandémie: d’une part, il a « une autorité totale » et, d’autre part, « je ne prends aucune responsabilité ». Pris entre les pulsions autoritaires et anarchiques, il est incapable de cohérence.

Sol fertile.

Mais ce n'est pas seulement Donald Trump. La crise a définitivement montré que la présidence de Trump n'est pas une aberration. Il a poussé sur un sol préparé depuis longtemps à le recevoir. L'épanouissement monstrueux des règles erronées à une structure, un objectif et une stratégie.

Il y a des intérêts très puissants qui réclament la « liberté » pour faire ce qu'ils veulent avec l'environnement, la société et l'économie. Ils ont imprégné une très grande partie de la culture américaine de la conviction que la   « liberté » est littéralement plus importante que la vie. Ma liberté de posséder des armes d'assaut l'emporte sur votre droit de ne pas vous faire tirer dessus à l'école. Maintenant, ma liberté d'aller chez le coiffeur (« J’ai besoin d'une coupe de cheveux » vu sur une bannière cette semaine à St Paul, Minnesota) l'emporte sur votre besoin d'éviter l'infection.

Habituellement, quand ce genre d'idiotie bizarre se manifeste, il y a la pensée réconfortante que, si les choses étaient vraiment sérieuses, tout s'arrêterait. Les gens dégriseraient. Au lieu de cela, une grande partie des États-Unis a frappé la bouteille encore plus durement.

Et le président, son parti et leurs alliés des médias continuent de fournir les boissons. Il n'y a eu aucun moment de vérité, aucun choc de réaliser que les ébats doivent cesser. Personne, quelle que soit la substance de la droite américaine, n'est intervenu pour dire: prenez le contrôle, les gens meurent ici.

C'est la marque de l'ampleur du problème pour les États-Unis - ce n'est pas seulement que Trump a traité la crise simplement comme un moyen d'alimenter les haines tribales, mais que ce comportement s'est normalisé. Lorsque la freak show est en direct à la télévision tous les soirs et que la star se vante de ses notes, ce n'est plus vraiment une freak show. Pour un très grand et solide bloc d'Américains, c'est la réalité.

Et cela va empirer avant de s'améliorer. Trump a au moins huit mois de plus au pouvoir. Dans son discours inaugural en 2017, il a évoqué le « carnage américain » et a promis de le faire cesser. Mais maintenant que le vrai carnage est arrivé, il s'en délecte. Il est dans son élément.

Alors que les choses empirent, il déversera plus de haine et de mensonge, plus de défi de mort à la raison et à la décence, dans ses sous-entendus. Si une nouvelle administration lui succède en 2021, elle devra nettoyer le dépotoir toxique qu'il laisse derrière lui. S'il est réélu, la toxicité sera devenue l'élément vital de la politique américaine.

Quoi qu'il en soit, il faudra beaucoup de temps avant que le reste du monde puisse imaginer que l'Amérique redevienne grande. Le MAKE AMERICA GREAT AGAIN disparaîtra du vocabulaire américain.

Créer un site avec WebSelf
© 2010